LE LYCEE IMPERIAL OTTOMAN (1868 - 1923)

       Le Lycée impérial ottoman (" Mekteb-i- Sultani "), ouvert solennellement par le sultan Abdülaziz le 1er septembre 1868, répondait au même besoin immédiat de former pour le service de l'Etat les cadres de haut niveau qui manquaient alors. Depuis le début du 19ème siècle, l'empire ottoman s'affaiblit vis-à-vis du monde occidental.Pour remédier à ce déclin et rénover l'Etat est publié le firman du Tanzimat (1839), bientôt suivi de celui d'Islahat. Mais, pour réaliser pleinement ce projet, il est nécessaire de former les cadres qui puissent appliquer les principes de ce mouvement d'occidentalisation. Ce foyer de l'éducation nouvelle, donnée en turc et en français, sera donc le Lycée Impérial Ottoman. Mais, différemment de ce qui avait lieu dans le passé, cette fois-ci l'école accueille des élèves de toutes les confessions. Or, un bref du pape Pie IX annonce l'excommunication des familles catholiques de l'empire ottoman qui enverraient leurs enfants dans cette école. A la suite, le patriarche grec orthodoxe et le grand rabbin font connaître leur désapprobation, le premier parce que le grec n'y est pas langue d'enseignement, le second parce que le directeur de l'école est un Français . Enfin, le Şeyhülislam fait savoir qu'il s 'oppose à la cohabitation entre enfants musulmans et chrétiens et demande la fermeture immédiate de l'école ! Faisant suite à toutes ces réactions, la Russie, mécontente de l'entente entre l'Empire ottoman et la France, communique par une note de son ambassadeur que, puisqu'aucune école enseignant en russe n'est ouverte, le Lycée impérial doit être fermé. En dépit de ces réactions hostiles, l"école ouvre ses portes et, fait nouveau , dispense à des élèves de différentes confessions un enseignement commun, sans référence à une doctrine religieuse particulière. Ainsi, reflétant la tolérance de l"Empire ottoman, cette institution accueille des élèves dont chacun pratique librement son culte, sans chercher à imposer sa religion aux autres. La première année de son fonctionnement, le Lycée reçoit 600 élèves : les internes paient une pension annuelle de 45 pièces d'or, les externes paient 10 pièces d'or. Ce prix élevé met dans la difficulté beaucoup de familles musulmanes, si bien que l'Etat accepte de donner de nombreuses bourses, 150 au total. Les élèves sont acceptés de 9 à 12 ans, et selon leur niveau en turc et en français, intègrent des classes préparatoires linguistiques. 

       Parallèlement, pour assurer une bonne connaissance de la langue ottomane, des cours d'arabe et de persan sont assurés. S'y ajoutent des cours optionnels de langues arménienne, grecque, bulgare, anglaise, italienne et allemande. Monsieur De Salve, premier directeur de l'établissement, s'efforce de créer pour les élèves un environnement de qualité. C'est ainsi que sont importés de France le matériel de l'internat et les équipements des salles de cours. Mais, après le grand incendie de Beyoğlu de 1871, l'école commence à perdre de son importance. D'autres facteurs interviennent également : disparition d'Ali Pacha et Fuad Pacha, véritables artisans de la fondation de l'école, rapprochement d'Abdülaziz avec la Russie, défaite de la France devant la Prusse. Toujours est-il qu'une décision soudaine transporte le Lycée à Gülhane, à la place de l'Ecole de médecine. En 1880, sous la direction d'Abdurrahman Şeref Bey, l'école retrouve son site primitif. Nouvelle péripétie en 1907 : l'incendie qui se déclare dans le bâtiment pendant le congé semestriel, s'il ne fait heureusement pas de victime, provoque des dégâts matériels importants, en particulier dans les archives et la bibliothèque. La restauration du bâtiment durera deux ans, pendant lesquels les cours sont suspendus. Sous la direction de Tevfik Fikret a lieu une réorganisation des études : chaque cycle, primaire, collège et lycée, est de trois ans, ce qui porte le cursus total à neuf années. Des cours facultatifs de violon et de piano sont instaurés. La personnalité de Tevfik Fikret, tournée vers le renouveau, marque incontestablement une nouvelle époque dans l'histoire de l'établissement.Dans le bâtiment actuel, le Grand Amphi, les laboratoires de physique, chimie et biologie, les ateliers de dessin et de musique, la salle de spectacle qui porte son nom, sont des ajouts de son époque. Mais après lui des jours difficiles attendent le Lycée. L'envoi sur le front de professeurs et d'élèves lors des guerres balkaniques, puis de la première guerre mondiale, fait qu'en 1917 seulement 5 élèves sont diplômés. A la fin de la guerre, l'école est sous le coup d'une menace de réquisition de la part des troupes d'occupation. Mais le directeur d'alors, Salih Arif Bey, à l'annonce que les Anglais vont occuper le bâtiment, prend contact avec les Français et déclare que ce sont eux qui l'occuperont. C'est ainsi que sur l' " Istiklâl Caddesi " ( aujourd'hui " Avenue de l"Indépendance ", ancienne Grand Rue de Péra) , en dehors de la Poste et du poste de police de Galatasaray, Le Lycée Impérial est le seul bâtiment sur lequel flotte le drapeau turc.